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4 leviers pour maximiser l'adhésion des parties prenantes

Senior Product Manager
En bref

L'adhésion des parties prenantes désigne le soutien actif des équipes internes (direction, ventes, marketing, opérations…) à la stratégie et à la roadmap d'un produit. Sans elle, même une bonne stratégie reste difficile à exécuter, car ce sont ces équipes qui financent, promeuvent et défendent le produit en interne.

Pour l'obtenir, quatre leviers se combinent : identifier les bonnes parties prenantes avec la matrice pouvoir-intérêt de Roman Pichler, co-construire la stratégie en atelier, calibrer le niveau d'adhésion attendu selon l'enjeu de la décision, puis renforcer les responsabilités par un suivi transparent.

Le premier réflexe utile tient en 15 minutes : cartographier ses cinq parties prenantes les plus influentes dans la matrice pouvoir-intérêt, pour adapter l'effort de communication à chacune plutôt que de traiter tout le monde de la même façon.

Tu as livré un produit que tes utilisateurs adorent. En interne, pourtant, ça coince. Les ventes freinent, le marketing pousse une autre priorité, la direction rouvre le débat sur ta roadmap. Souvent, le blocage ne vient pas du produit. Il vient de l'adhésion de tes parties prenantes.

Un PM avance avec deux boussoles : créer de la valeur pour ses utilisateurs, et prouver l'impact business pour son entreprise. Les deux sont nécessaires, ils ne suffisent pas. Sans le soutien des équipes internes qui financent, promeuvent et défendent ton produit, une bonne stratégie reste sur le papier.

Les parties prenantes (souvent appelées stakeholders) sont les équipes internes concernées par ton produit : direction, marketing, communication, vente, opérations, juridique. Chez WeFiiT, on accompagne régulièrement des leaders produit sur ce sujet, en partant des travaux de Roman Pichler qu'on enrichit de notre expérience terrain. Voici 4 leviers concrets, et là où chacun montre ses limites.

L’adhésion des parties prenantes : un essentiel dans la stratégie produit

Vision produit, proposition de valeur, roadmap : chacune de ces décisions repose sur le soutien de tes parties prenantes. Le PM a donc intérêt à construire avec elles une relation gagnant-gagnant plutôt qu'un rapport de force.

Plusieurs enjeux se superposent : comprendre leurs attentes et aligner la stratégie, communiquer avec transparence, collaborer activement, prioriser et savoir dire non ensemble, faire preuve de leadership, former et accompagner, entretenir une culture du feedback.

La matrice qui suit n'est pas née dans le produit. Elle vient des travaux de Mendelow (1991) sur l'analyse des parties prenantes, repris ensuite par Johnson et Scholes en stratégie d'entreprise, avant que Roman Pichler ne l'adapte au product management. C'est donc un outil éprouvé bien au-delà de nos équipes.

Levier 1 : identifier les bonnes parties prenantes avec la matrice pouvoir-intérêt

Avant de chercher l'adhésion, encore faut-il savoir de qui elle dépend. Toutes les parties prenantes n'ont pas le même poids : certaines ont un intérêt fort pour le produit, d'autres une forte influence sur son financement ou sa diffusion, et ce ne sont pas toujours les mêmes.

La matrice pouvoir-intérêt classe chaque partie prenante selon deux axes : son pouvoir, sa capacité à influencer le produit, et son intérêt, son attention réelle pour le sujet. Elle donne quatre profils, chacun appelant une posture différente.

Matrice pouvoir-intérêt : 4 profils de parties prenantes (d'après Roman Pichler)

Pouvoir
Pouvoir élevé · Intérêt faibleContext settersMaintenir satisfaits : forte influence, donc de vrais challengers. Sessions d'écoute et points ciblés.
Pouvoir élevé · Intérêt élevéPlayersCollaborer étroitement : leur adhésion est capitale. À intégrer à l'équipe produit étendue.
Pouvoir faible · Intérêt faibleCrowdSuivre et informer avec un minimum d'effort (note de version, newsletter interne).
Pouvoir faible · Intérêt élevéSubjectsMaintenir informés : souvent de vrais supporters. Les inviter aux démos.
Intérêt →

La limite : une cartographie fige une situation à un instant t. Une réorganisation, un changement de sponsor ou un nouveau budget peuvent faire basculer un context setter en player d'une semaine à l'autre. À refaire à chaque étape clé du projet.

Pour compléter la carte, l'Empathy Map aide à saisir ce qu'une partie prenante pense, dit et attend vraiment. Julie Meneghel (Head of Product chez Bouygues Telecom) en parle dans notre échange sur la collaboration entre stakeholders et équipe produit.

Levier 2 : co-construire la stratégie produit en atelier collaboratif

Partager la stratégie et tenir compte des besoins des parties prenantes clés, c'est la base de leur adhésion. L'étape d'après les fait contribuer à la stratégie, au lieu de se contenter de la leur présenter.

Roman Pichler propose de constituer une équipe produit étendue, c'est-à-dire une équipe cœur élargie aux parties prenantes clés. On y trouve le Product Manager, des représentants du développement (Lead Tech, Lead Archi), un coach (Scrum Master, Coach Agile) et les players de la matrice. La stratégie et la roadmap se construisent alors avec eux, ce qui facilite la remontée d'idées, la résolution des frictions et un sentiment de propriété collective.

Un déroulé d'atelier d'alignement produit, étape par étape

Pour un grand groupe automobile, on a réuni en atelier toutes les parties prenantes du projet : marketing, ingénierie, produit et tech. Le point de départ : chaque équipe avançait avec ses propres priorités, et la direction manquait d'insight terrain pour trancher. Résultat, des priorités exprimées mais jamais prises en compte, un désengagement progressif et un produit qui perdait en pertinence.

Le déroulé qu'on a suivi :

  1. Poser des proto-personas et faire voter le groupe sur les hypothèses clés du secteur, de la marque et du produit. Par exemple : notre persona privilégie-t-il l'hybride ou l'électrique ?
  2. Tracer un parcours macro de la relation client, de l'avant-vente à l'après-vente, en listant les points de contact et les points de douleur jugés prioritaires.
  3. Prioriser ces points de douleur au regard de la raison d'être et des success metrics associés, en explicitant ce qui compte le plus pour les utilisateurs, le business et la marque.
  4. Idéer sur les points de douleur retenus : parcours de bout en bout rédigés par les participants, écrans dessinés, ou idées détaillées à l'écrit, selon ce qui convient au groupe.
  5. Prioriser les solutions par la valeur (client et entreprise) et par l'effort (implémentation, conduite du changement, développement).

À la sortie, on a co-créé une liste d'idées classées sur deux axes, performance commerciale et expérience utilisateur, pondérés par l'effort de mise en œuvre. De là est né un plan d'action clair à moyen et long terme, et surtout une vision commune qui n'existait pas avant. Chaque équipe s'y reconnaissait, ce qui a réconcilié les priorités de la direction avec les réalités du terrain.

Le coût de cette approche est réel : ces ateliers demandent de la préparation, de la disponibilité et une facilitation solide. Sur un sujet mineur, l'atelier serait disproportionné. Cette manière de co-construire prolonge d'ailleurs le travail de fond décrit dans notre article sur comment activer sa raison d'être en stratégie produit.

Levier 3 : calibrer le bon niveau d'adhésion avec l'échelle d'accord

Toutes les décisions n'appellent pas le même degré d'approbation. Viser l'unanimité sur chaque ajustement de roadmap épuise tout le monde ; se satisfaire d'un vague accord tacite sur un virage stratégique majeur prépare des conflits pour plus tard.

Pichler distingue deux seuils. Une décision majeure à fort impact, comme l'adoption d'une nouvelle stratégie produit, vise l'unanimité des parties prenantes clés. Un ajustement mineur, comme un changement de roadmap, peut se contenter d'un consensus, c'est-à-dire l'absence d'objection forte.

Pour situer où l'on en est, il propose une échelle d'accord à 5 niveaux.

Échelle d'accord à 5 niveaux pour évaluer l'adhésion à une décision
NiveauCe que dit la partie prenanteCe que ça implique
5Je l'approuve totalement.Soutien plein, aucun frein.
4Je suis d'accord avec des réserves mineures.Soutien acquis, quelques points à surveiller.
3Ce n'est pas idéal, mais je peux le soutenir.Accord suffisant pour un consensus.
2Je ne peux pas le soutenir.Objection à traiter avant d'avancer.
1J'ai un profond désaccord.Blocage majeur, discussion nécessaire.

En pratique : l'unanimité est atteinte si la majorité approuve totalement et qu'une minorité approuve avec des réserves mineures ; le consensus, si personne ne se situe au niveau le plus bas. L'intérêt de l'échelle est surtout de rendre visible un désaccord qui, sinon, resterait tu jusqu'à l'exécution.

Levier 4 : renforcer les responsabilités et suivre les engagements

Une fois les décisions prises, il est nécessaire de soutenir les parties prenantes dans la réalisation de leurs engagements en combinant responsabilisation et accompagnement. Cela passe par une communication transparente, des mises à jour régulières et un suivi rigoureux des actions prévues.

Ce soutien continu renforce la confiance et assure une exécution fluide des plans, tout en maintenant l’alignement sur les objectifs stratégiques.

En cas de problèmes, le PM doit les aborder de manière empathique et constructive. Roman Pichler suggère de les traiter en utilisant le « feedback framework », une réunion en 6 étapes qui a pour but de résoudre et corriger la situation : connexion, objectif, problème, causes, actions et clôture.

Une décision prise n'est pas une décision tenue. Une fois l'adhésion obtenue, il reste à accompagner les parties prenantes dans la réalisation de leurs engagements, en combinant responsabilisation et soutien : communication transparente, points réguliers, suivi des actions.

Quand un blocage apparaît, mieux vaut l'aborder de façon directe et empathique que le laisser s'installer. Roman Pichler propose pour cela un feedback framework, une réunion en six temps : connexion, objectif, problème, causes, actions, clôture. La logique est de traiter le sujet une bonne fois, avec la personne concernée, plutôt que d'accumuler des non-dits.

Cette posture a ses limites elle aussi : elle suppose une relation déjà installée et un minimum de confiance. Sur une partie prenante nouvelle ou hostile, le cadre seul ne remplace pas le temps.

Ce qu'il faut retenir

  • Une collaboration solide avec les parties prenantes conditionne la réussite d'un produit autant que sa qualité intrinsèque.
  • Identifier les bonnes personnes avec la matrice pouvoir-intérêt, pour adapter l'effort à chaque profil.
  • Co-construire la stratégie en atelier, pour que les équipes défendent ensuite ce qu'elles ont contribué à écrire.
  • Calibrer le niveau d'adhésion attendu : unanimité pour les choix majeurs, consensus pour les ajustements.
  • Renforcer les responsabilités par un suivi transparent et un cadre de feedback quand ça bloque.

Le plus rentable pour commencer tient en 15 minutes. Cartographie tes 5 parties prenantes les plus influentes et classe-les dans la matrice pouvoir-intérêt. Ça change ta façon de prioriser tes échanges dès la semaine suivante. En investissant dans ces relations, tu rencontres moins de résistances, tu obtiens des résultats plus durables, et ton quotidien de PM s'en trouve allégé.

Pour aller plus loin, Bruce McCarthy et Melissa Appel ont publié Aligned: Stakeholder Management for Product Leaders, entièrement consacré à la gestion des parties prenantes, en cadres simples et illustré d'un cas fil rouge.

Roman Pichler, coach et expert en Product Management, auteur du blog romanpichler.com/blog et de plusieurs livres dont How to Lead in Product Management.

Qu'est-ce que l'adhésion des parties prenantes en product management ?

C'est le soutien actif des équipes internes (direction, ventes, marketing, opérations, juridique…) à la stratégie et à la roadmap d'un produit. Un Product Manager peut créer de la valeur pour ses utilisateurs et prouver l'impact business, mais sans ce soutien interne, l'exécution de sa stratégie reste bloquée.

Comment identifier ses parties prenantes clés ?

En les cartographiant avec la matrice pouvoir-intérêt de Roman Pichler, qui les classe selon leur pouvoir (capacité à influencer le produit) et leur intérêt (attention réelle pour le sujet). Les parties prenantes clés sont les « players », à la fois très influentes et très intéressées : ce sont elles qu'il faut impliquer en priorité dans les décisions.

Quelle différence entre consensus et unanimité pour une décision produit ?

L'unanimité signifie que la majorité approuve totalement la décision et qu'une minorité l'approuve avec des réserves mineures : on la vise pour les décisions majeures, comme un changement de stratégie. Le consensus est atteint dès que personne n'exprime d'objection forte : il suffit pour les ajustements mineurs, comme un changement de roadmap.

Comment gérer une partie prenante qui bloque un projet ?

En abordant le blocage de façon directe et empathique plutôt qu'en le laissant s'installer. Roman Pichler propose un « feedback framework » en six temps : connexion, objectif, problème, causes, actions, clôture. L'idée est de traiter le sujet une bonne fois avec la personne concernée, en s'appuyant sur une relation de confiance déjà installée.

Combien de temps faut-il pour cartographier ses parties prenantes ?

Un premier passage utile prend environ 15 minutes : lister ses cinq parties prenantes les plus influentes et les placer dans la matrice pouvoir-intérêt. La cartographie n'est jamais définitive, car une réorganisation ou un changement de budget peut déplacer une partie prenante ; il vaut mieux la revoir à chaque étape clé du projet.

C'est quoi la matrice pouvoir-intérêt ?

Un outil d'analyse des parties prenantes issu des travaux de Mendelow (1991), popularisé en stratégie par Johnson et Scholes, puis adapté au produit par Roman Pichler. Il croise deux axes, le pouvoir et l'intérêt, pour obtenir quatre profils (players, context setters, subjects, crowd), chacun appelant une posture de communication différente.

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